Prévention des Crises et Relèvement - Unité Post-Crise

Dans le contexte de crise militaro-politique que connaît la Côte d’Ivoire depuis le 19 septembre 2002 et qui a provoqué une séparation du pays en deux zones, qui sont délimitées par une zone de confiance surveillée par les Forces impartiales (Casques Bleus et Force Licorne), le PNUD a développé des mécanismes à même d’apporter des réponses adaptées à la situation. Il a créé en son sein une Unité Post-Crise (en 2003) à laquelle il a donné pour mission de travailler à l’élaboration et à la mise en œuvre d’une stratégie de transition post-conflit qui s’articule autour des trois thèmes majeurs ci-après :

1. Rétablissement de la Paix et Sécurité (Désarmement, Démobilisation et Réinsertion – DDR, et Armes légères)
2. Le volet « 4Rs » (Réinsertion, Réinstallation, Réhabilitation, Reconstruction)
3. Le Réconciliation Nationale et la cohésion sociale

La mise en œuvre de ces thèmes a donné des résultats tangibles. En effet, l’Unité Post-Crise a mobilisé des ressources importantes dans le cadre de ses activités. Son portefeuille est aujourd’hui estimé à environ 20 millions de dollar US. La plupart des projets s’inscrivent dans le cadre de l’appui au processus DDR, l’appui à la lutte contre la prolifération et la circulation illicite des armes légères et de petit calibre, au renforcement de la cohésion sociale et à la réconciliation nationale. Malgré certaines activités menées et appuyées par l’Unité Post-Crise, telles que la facilitation des discussions entre les forces belligérantes qui a débouché sur la formulation du Plan Conjoint des Opérations (PCO) le 9 janvier 2004, la sensibilisation des ex-combattants et la réhabilitation des sites DDR, le processus DDR n’a pas connu d’avancées significatives.

a) Mandat

Le mandat de l’Unité Post-Crise s’inscrit en parfaite conformité avec les principaux domaines d’intervention du PNUD et plus particulièrement avec celui relatif à la prévention des crises et à la reconstruction.
Pour son action de prévention des crises et de reconstruction, le PNUD est assisté par BCPR (Bureau for Crisis Prevention and Recovery). Ce dernier apporte aux Bureaux Pays du PNUD une aide dans les domaines de la réforme des systèmes sécuritaire et judiciaire, du désarmement et de la démobilisation, de la réinsertion, de la prévention des conflits et de la consolidation de la paix, ainsi que de la reconstruction post-conflit, et ceci dans le même objectif de faciliter la réalisation du processus de transition de l’humanitaire au développement durable.
Dans cette période de dégradation de la situation générale et de résurgence des tensions, l’Unité Post-Crise se voit donc reconnaître pour mandat de veiller à ce que les acquis des mois passés se pérennisent et que les interventions des acteurs travaillant à la stabilisation de la situation s’orientent vers les objectifs à long terme (paix et de développement durables). De ce mandat spécifique découlent les domaines d’intervention et les modalités de fonctionnement de l’Unité Post-Crise. Il est à noter que l’action spécifique de l’Unité Post-Crise n’est pas pour autant exclusive et se fait en complémentarité avec les autres secteurs déjà couverts par d’autres partenaires spécialisés, tel que l’UNICEF pour l’éducation, la FAO et le PAM pour la sécurité alimentaire et l’opération de maintien de la paix (ONUCI). La période post-crise se définit par son exposition aux risques de brusques dégradations et de retournements de situation. Dans ce contexte, L’Unité Post-Crise adopte pour principes de fonctionnement et d’intervention ceux de la flexibilité et de la progression graduelle (consolider les acquis), et ceci afin de faire preuve d’une forte capacité d’adaptation aux évolutions contextuelles.
De plus, le mandat de l’Unité Post-Crise s’inscrit en conformité avec les objectifs communs définis dans les documents de référence régissant l’aide au développement, notamment les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), le Programme Pays pour la Côte d’Ivoire et le Document stratégique de Réduction de la Pauvreté (DSRP).

b) Axes stratégiques prioritaires pour l’exercice 2005-2007

Afin de faire face aux défis sus-évoqués, l’Unité Post-Crise entend, pour le présent exercice, accompagner le processus de paix à travers les trois (3) axes stratégiques prioritaires ci-après :

- La Réinsertion

La réinsertion constitue une phase déterminante dans le succès du processus de paix. Depuis sa création, l’Unité Post-Crise du PNUD joue un rôle capital dans ce processus. En amont, elle a œuvré au rapprochement des ex-belligérants en vue des premières négociations sur le DDR. En sus, elle a fourni une assistance technique au Gouvernement de Réconciliation Nationale pour la mise en place du cadre institutionnel et l’élaboration du programme DDR/RC(réhabilitation Communautaire). Enfin, elle appuie de façon technique et opérationnelle la structure nationale qui est le Programme National de Désarmement, Démobilisation et de Réinsertion, et de Réhabilitation Communautaire (PNDDR/RC) tout le long du processus devant aboutir à la mise en œuvre des « Rs ». Cette assistance se traduit surtout par un appui logistique sur les sites de Regroupement, de Recensement et de Profilage ainsi que sur les sites de démobilisation des ex-combattants et des ex-membres de milices. Cet appui se traduit également par l’identification et la planification de nombreux projets de réinsertion en faveur aussi bien des ex-combattants et des ex-membres des milices, qu’en faveur des communautés d’accueil et des groupes vulnérables notamment les femmes ex-combattantes et les enfants soldats ou associés au conflit armé. En effet, le profilage reste une étape cruciale de la réinsertion car il procure une base de données fiables pour la phase des ‘‘R’’ grâce aux mesures appropriées qu’il permet de proposer aux ex-combattants, en fonction du contexte socio-économique.
Cet état des lieux, ajouté à l’engagement exceptionnel des bailleurs de fonds à l’appui au processus de paix, permet de croire en l’existence d’outils et d’une expertise technique suffisante pour faire de la réinsertion en Côte d’Ivoire une expérience unique.
Il reste donc, en considération du contexte politique nouveau, et quel que soit le scénario qui se confirmera, à déterminer la stratégie de mise en œuvre des ‘‘R’’ dont la réinsertion.

- L’Insertion des Jeunes

L’insertion sociale et professionnelle des jeunes est à la fois une priorité dans le contexte post-conflit et un challenge. Le PNUD entend mettre en œuvre ce chantier(programme), en partenariat avec les bailleurs de fonds, les autorités et les populations ivoiriennes, sur la base de projets existants dont l’étude de pré-identification a déjà été conduite par des experts pour certains d’entre eux, ou de nouveaux projets, dont un projet pilote préparé par l’unité post-crise.
Qu’il s’agisse de la Réconciliation nationale et de la Cohésion sociale ou du renforcement de la sécurité, aucun de ces challenges pour lesquels le PNUD-Côte d’Ivoire a, au cours de l’exercice 2003-2005, posé des actes majeurs, ne peut porter de résultats durables sans une prise en compte spécifique des jeunes, tout en tenant de la sexospécificité. Une perspective (la sexospécificité) qui n’est pas suffisamment prise en compte dans l’étude conduite par UNOWA .
Les jeunes, en effet, font partie des groupes sociaux les plus affectés par la fracture sociale qui résulte de la crise. Le danger demeure pour eux de devenir les acteurs même de la fracture sociale par l’effet de leur « instrumentalisation » et de leur exploitation à des fins-tierces. Leur intérêt primordial reste l’insertion socio-économique et l’accès au marché de l’emploi. De cette façon, l’implication des jeunes dans le processus de paix, de formation des décisions et leur engagement à l’édification de la société seront incontournables et renforcés.
Des instruments internationaux pertinents, notamment la Convention de New York, la Déclaration de Copenhague, sont en ce sens et constituent des cadres d’actions en faveur des jeunes, aussi bien en temps de paix qu’en temps de guerre.
Dans la perspective de leur activation dans le contexte ivoirien, Il faut admettre le double postulat suivant lequel la transition post-crise est avant tout - et à la fois - politique, économique, sociale et que ni la réconciliation, ni la consolidation des acquis du processus de paix en cours sur le court, moyen ou long terme n’est possible sans une insertion socio-économique effective des populations en général et des jeunes en particulier. L’étude publiée par UNOWA met en exergue les risques de ne pas sérieusement prendre en compte le chômage de la jeunesse, en général, et dans le contexte de la région Ouest-Africaine en particulier. Les projets élaborés en côte d’Ivoire devront ainsi prendre en compte ces dimensions régionales.

- La Cohésion Sociale

La réalisation de la Rencontre de Grand-Bassam en septembre 2005 et les résultats obtenus devront permettre d’apporter une réponse à la fois rapide et adaptée aux particularités régionales pour réparer la fracture sociale, réaliser la cohésion, restaurer la paix. Les résolutions et recommandations qui ont été formulées à l’issue des travaux démontre de l’engagement réel d’aller vers le renforcement de cohésion sociale.

c) Stratégies

Différentes stratégies seront mises en œuvre pour les axes stratégiques prioritaires identifiés par le PNUD-Côte d’Ivoire. A cet effet, des projets existent déjà pour la réinsertion. De plus, des projets qui attendent d’être financés ont été élaborés tant pour l’insertion des jeunes que pour le renforcement de la cohésion sociale. Ces stratégies s’inscriront également dans le nouveau cadre du « Strategic Directions for BCPR: A Framework for Recovery » préparé en 2005.
Dans le cadre du volet Réinsertion, deux stratégies importantes seront appliquées par le PNUD pour le thème « Rétablissement de la Paix et de la Sécurité ». D’abord, la partie ‘R’ du programme de DDR démarrera promptement. L’idée de ‘R’ avant le ‘DD’ est pour la mise en œuvre des projets relatifs aux ‘R’ afin de préparer les communautés à accueillir les ex-combattants, les ex-miliciens et les enfants soldats (y compris les jeunes qui ont été associés aux forces de combats). Ensuite, une approche “étape par étape” sera appliquée, ce qui signifie que le processus de DDR va démarrer dans les parties du pays où le programme a plus de chance de réussir. En résumé, le “R” avant le “DD” et l’approche combinée de “étape par étape” facilitera le démarrage instantané des projets de réinsertion dans le processus de DDR. Il faut noter que la mise en œuvre du processus DD est fortement lié au processus politique.
En ce qui concerne la question de l’insertion des jeunes, toute la stratégie focalise sur une combinaison du chômage des jeunes avec le développement en Côte d’Ivoire. L’objectif immédiat est de promouvoir la sécurité en Côte d’Ivoire et dans la région Ouest-Africaine. Comme partie évidente de cette stratégie le/les projet(s) mis en oeuvre appuieront les autorités ivoiriennes a formuler un programme d’appui au renforcement des infrastructures à travers des travaux intensifs du domaine publique. Ce programme offrira une entrée sur le marché du travail et également un mécanisme de formation et d’appui au renforcement des capacités « on-the-job-training ». L’objectif sera de proposer un guide spécifique pour la formation et l’éducation des jeunes femmes dans le but de promouvoir l’égalité du Genre sur le marché du travail en incluant une politique de « à travail égal, salaire égale ».
Fort de son expérience sur le terrain en matière de gestion post-crise, le PNUD entend continuer ses actions d’appui aux efforts des autorités ivoiriennes et renforcer sa coopération avec les bailleurs, en répondant au défi de l’insertion socio-économique des jeunes. L’insertion sociale et professionnelle des jeunes restent à la fois une priorité dans le contexte post-conflit et un challenge. Le PNUD entend mettre en œuvre ce chantier, en partenariat avec toutes les bonnes volontés sur la base d’un projet.
En qui concerne la cohésion sociale, la stratégie globale met en évidence des points de rupture et de fracture sociales entre les populations en vue de renforcer et de consolider la cohésion sociale et la réconciliation nationale. Le financement de projets d’appui à la cohésion sociale sera déterminant dans le processus de retour à la paix et à la stabilité en Côte d’Ivoire.
Il est à noter que dans la mise en œuvre de ses (3) trois dimensions, une attention toute particulière a été apportée aux aspects transversaux tels que le Genre et le VIH/SIDA. Ceci en particulier dans le cadre des projets liés à la réinsertion sociale et économique ainsi que pour les groupes affectés par le conflit. A cet effet, l’Unité Post-Crise s’est dotée de spécialistes dans les domaines du Genre et du VIH/SIDA qui ont pour mandat de préparer les stratégies sectorielles et la prise en compte de ces dimensions(Genre et VIH/SIDA) dans les projets respectifs. D’autre part, les projets exécutés sont des projets du Gouvernement Ivoirien, qui comme tels, profitent directement aux populations.

Les projets en cours